120 jours par an. Voilà la limite qui rythme la gestion de chaque meublé de tourisme en France. Pourtant, un cadre juridique permet de louer un logement meublé bien au-delà de ce plafond — sans enfreindre la moindre règle.

Le bail mobilité n'est pas un contournement de la réglementation sur la location saisonnière. C'est un contrat de location à part entière, régi par la loi du 6 juillet 1989, avec ses propres règles de durée, de loyer et de garantie. Et depuis novembre 2025, une nouvelle loi en élargit encore le périmètre.

Cet article détaille le cadre juridique du bail mobilité, ses conditions d'application sur les plateformes de location, et la stratégie à adopter pour les conciergeries qui souhaitent diversifier leurs modes d'exploitation.


Bail mobilité : définition et cadre juridique

Créé par la loi ELAN du 23 novembre 2018 (articles 25-12 à 25-18 de la loi du 6 juillet 1989), le bail mobilité est un contrat de location meublée de courte à moyenne durée. Il vise un besoin précis : loger temporairement des personnes en mobilité professionnelle ou académique — étudiants, salariés en mission, stagiaires, apprentis.

Sa particularité principale : une durée comprise entre 1 et 10 mois, non renouvelable et non reconductible. À l'échéance, si le locataire souhaite rester dans les lieux, le propriétaire et le locataire doivent signer un nouveau contrat — qui sera obligatoirement un bail meublé classique d'une durée d'un an.

Le logement doit être meublé au sens de la loi, c'est-à-dire comporter au minimum : literie, table, sièges, luminaires, plaques de cuisson, réfrigérateur, vaisselle et matériel d'entretien. Un logement vide ne peut pas faire l'objet d'un bail mobilité.

📊 Bail mobilité vs location saisonnière : les différences clés

Critère

Bail mobilité

Location saisonnière

Durée

1 à 10 mois

1 nuit à 90 jours

Renouvellement

Interdit

Libre

Type de logement

Meublé uniquement

Meublé ou non

Dépôt de garantie

Interdit par la loi

Libre (souvent 1 mois)

Charges

Forfaitaires

Incluses dans le tarif

Limite annuelle

Aucune

120 jours/an (résidence principale)

Préavis locataire

1 mois

Selon conditions d'annulation

Source : Service-public.fr — Bail mobilité (2025)

Le bail mobilité relève du droit locatif classique, pas du régime des meublés de tourisme. Cette distinction a des conséquences directes sur la réglementation applicable aux conciergeries en 2026, notamment en matière de déclaration en mairie et de changement d'usage.


Qui peut signer un bail mobilité ?

Le bail mobilité n'est pas ouvert à tous les locataires. La loi impose sept profils éligibles, vérifiables au moment de la prise d'effet du contrat.

✅ Profils éligibles au bail mobilité

Profil

Exemple concret

Justificatif requis

Salarié en mission temporaire

Consultant envoyé 6 mois sur un projet

Contrat de travail ou lettre de mission

Mutation professionnelle

Cadre muté dans une autre ville

Avenant de mutation

Étudiant

Inscrit en master dans une autre ville

Certificat d'inscription

Stagiaire

Stage de fin d'études de 4 mois

Convention de stage

Apprenti

Alternant en contrat d'apprentissage

Contrat d'apprentissage

Formation professionnelle

Reconversion via un organisme agréé

Attestation de formation

Service civique

Volontaire en mission associative

Contrat de service civique

Source : Service-public.fr — Bail mobilité (2025)

Le justificatif doit être valide à la date de début du bail. Sans document conforme, le contrat peut être requalifié en bail meublé classique d'un an — avec toutes les protections renforcées que cela implique : reconduction tacite, préavis de trois mois pour le propriétaire, et obligation de motif légitime pour donner congé.

Pour une conciergerie, cette vérification constitue une étape critique. Un bail mobilité signé avec un locataire non éligible n'a aucune valeur juridique sous ce régime. Le risque : une requalification par le juge, avec des conséquences financières et contractuelles lourdes pour le propriétaire.


Bail mobilité sur Airbnb : pourquoi la limite des 120 jours ne s'applique pas

La confusion est fréquente. Beaucoup de gestionnaires assimilent le bail mobilité à une forme de location saisonnière. Ce sont deux régimes juridiques totalement distincts.

La limite de 120 jours par an s'applique exclusivement à la location de courte durée d'une résidence principale déclarée en meublé de tourisme. Le bail mobilité, en tant que contrat de location meublée régi par les articles 25-12 à 25-18 de la loi du 6 juillet 1989, n'est pas soumis à ce plafond.

Concrètement : un logement loué 8 mois en bail mobilité, puis exploité en location saisonnière les 4 mois restants, ne viole aucune réglementation — à condition que les 120 jours de courte durée soient respectés sur la portion saisonnière. La loi Le Meur de 2024 a renforcé les contrôles sur la location de courte durée, mais n'a pas modifié le cadre du bail mobilité.

Airbnb propose une section dédiée aux baux mobilité sur sa plateforme. Les propriétaires peuvent y publier des annonces spécifiques, avec des durées de séjour adaptées (30 jours minimum) et un filtrage des profils éligibles. Le processus de réservation reste similaire, mais le contrat signé entre les parties est un bail mobilité au sens de la loi — avec toutes les obligations qui en découlent.

Cette combinaison bail mobilité + location saisonnière représente une stratégie d'occupation intéressante pour les conciergeries. Le bail mobilité garantit un revenu stable sur plusieurs mois, tandis que la location de courte durée maximise le rendement sur les périodes de forte demande touristique.

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Loyer, charges et garanties : les règles financières du bail mobilité

Le bail mobilité impose un cadre financier strict, distinct à la fois de la location saisonnière et du bail meublé classique.

Fixation du loyer

En zone tendue, le loyer est soumis à l'encadrement des loyers applicable dans la commune. À Paris, Lyon, Bordeaux, Lille, Montpellier et dans plusieurs intercommunalités (Est Ensemble, Plaine Commune, Pays Basque), le montant doit respecter un plafond fixé par arrêté préfectoral. Hors zone tendue, le propriétaire fixe librement le montant.

Dans tous les cas, le loyer est non révisable pendant toute la durée du bail. Aucune indexation sur l'IRL, aucun complément de loyer en cours de contrat. Le montant signé au départ reste identique jusqu'à l'échéance.

Charges forfaitaires

Les charges locatives sont versées sous forme de forfait, simultanément au loyer. Ce montant est défini au contrat et ne peut être ni régularisé, ni ajusté, ni réévalué en fin de bail. Le forfait doit rester proportionné aux charges réelles du logement — un montant manifestement excessif pourrait être contesté devant le juge.

Dépôt de garantie et caution

La loi interdit formellement au propriétaire de demander un dépôt de garantie dans le cadre d'un bail mobilité (article 25-17 de la loi du 6 juillet 1989). C'est l'une des différences majeures avec le bail meublé classique, où le dépôt équivaut généralement à deux mois de loyer.

En revanche, le bailleur peut exiger une caution : une personne physique ou morale se portant garante du paiement du loyer et des éventuelles dégradations. Le locataire peut recourir à la garantie Visale, gratuite et délivrée par Action Logement, qui couvre les impayés de loyer et les dégradations locatives sur toute la durée du bail.

⚠️ Garanties financières : autorisé vs interdit

Élément

Bail mobilité

Bail meublé classique

Dépôt de garantie

Interdit

Jusqu'à 2 mois de loyer

Caution (garant)

Autorisée

Autorisée

Garantie Visale

Éligible (gratuite)

Éligible sous conditions

Charges

Forfaitaires

Provisions + régularisation

Révision du loyer

Interdite

Selon IRL annuel

Source : Service-public.fr — Bail mobilité (2025)

Pour les conciergeries habituées à la sous-location Airbnb, le bail mobilité représente un modèle différent : des revenus prévisibles sur plusieurs mois, un taux d'occupation garanti, mais un cadre de garanties plus contraint. L'absence de dépôt de garantie renforce l'intérêt de la garantie Visale comme filet de sécurité.


Nouveauté 2025 : les résidences à vocation d'emploi

La loi n° 2025-1129 du 26 novembre 2025 de simplification du droit de l'urbanisme et du logement introduit un changement structurel pour le bail mobilité.

L'article 15 de cette loi crée les résidences à vocation d'emploi : des structures dédiées à l'accueil temporaire d'actifs en mobilité professionnelle, d'étudiants, d'apprentis, de stagiaires ou de volontaires en service civique. Ces résidences ciblent les zones en tension — territoires touristiques, ruraux, industriels ou universitaires — où l'offre de logement temporaire reste insuffisante.

Dans ces résidences, le bail mobilité bénéficie d'un cadre élargi : une durée d'une semaine minimum et jusqu'à 18 mois maximum, contre 1 à 10 mois dans le régime standard. Les loyers restent encadrés et les profils éligibles sont identiques.

📊 Bail mobilité standard vs résidences à vocation d'emploi

Critère

Bail mobilité standard

Résidence à vocation d'emploi

Durée minimale

1 mois

1 semaine

Durée maximale

10 mois

18 mois

Profils éligibles

7 profils (identiques)

7 profils (identiques)

Loyer encadré

Oui (selon zone)

Oui

Statut réglementaire

En vigueur

Décret d'application en attente

Sources : Vie-publique.fr (2025), Légifrance — Loi n° 2025-1129

Ce nouveau dispositif ouvre des perspectives pour les conciergeries opérant dans des bassins d'emploi ou des zones universitaires. Des séjours de 12 à 18 mois sous un régime juridique souple, avec des loyers encadrés mais sans les contraintes du bail meublé classique d'un an — à condition que le décret d'application soit publié et que le logement soit situé dans une résidence labellisée.


En résumé

Le bail mobilité est un outil juridique distinct de la location saisonnière. Il permet de louer un logement meublé de 1 à 10 mois, sans limite annuelle de nuitées, à des locataires en situation de mobilité professionnelle ou académique. Pas de dépôt de garantie, des charges forfaitaires, un loyer non révisable : le cadre est clair et protecteur pour les deux parties.

Pour les conciergeries, le bail mobilité représente une source de revenus complémentaire et prévisible. Un taux d'occupation garanti sur plusieurs mois, combiné à des périodes de location saisonnière sur le reste de l'année, permet de maximiser le rendement annuel d'un logement. La nouveauté 2025 sur les résidences à vocation d'emploi élargit encore ce potentiel avec des durées allant jusqu'à 18 mois.

Les clés d'une mise en œuvre réussie : vérifier l'éligibilité du locataire avec un justificatif valide, respecter les règles de fixation du loyer selon la zone, et ne jamais demander de dépôt de garantie. Le reste de la réglementation Airbnb 2026 continue de s'appliquer aux locations saisonnières classiques.


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Questions fréquentes

Peut-on louer en bail mobilité sur Airbnb ?

Oui. Airbnb propose une section dédiée au bail mobilité. Le propriétaire publie son annonce avec la mention « bail mobilité » et filtre les profils éligibles. Le contrat signé entre les parties reste soumis aux articles 25-12 à 25-18 de la loi du 6 juillet 1989. Les règles du bail mobilité s'appliquent intégralement, quelle que soit la plateforme utilisée.

Quelle durée maximale pour un bail mobilité ?

10 mois maximum dans le cadre standard, non renouvelable. Une seule modification par avenant est possible, sans dépasser ce plafond. À l'échéance, si le locataire reste, un bail meublé classique s'applique. Exception : dans les futures résidences à vocation d'emploi, cette durée pourra atteindre 18 mois, sous réserve du décret d'application.

Le bail mobilité contourne-t-il la règle des 120 jours ?

Non. Le bail mobilité ne contourne pas cette règle — il n'y est pas soumis. La limite de 120 jours par an concerne exclusivement la location saisonnière de courte durée. Le bail mobilité relève d'un cadre juridique distinct (loi du 6 juillet 1989), sans plafond annuel de nuitées.

Faut-il un dépôt de garantie en bail mobilité ?

Non, c'est interdit par la loi (article 25-17 de la loi du 6 juillet 1989). Le propriétaire ne peut en aucun cas exiger de dépôt de garantie. En revanche, il peut demander une caution. Le locataire peut alors recourir gratuitement à la garantie Visale, gérée par Action Logement.

Comment vérifier l'éligibilité du locataire ?

Le locataire doit fournir un justificatif correspondant à sa situation au moment de la prise d'effet du bail : contrat de travail temporaire, convention de stage, certificat d'inscription universitaire, contrat d'apprentissage ou attestation de service civique. Sans ce document, le bail peut être requalifié en bail meublé classique.

Sources