Le check-out était dimanche. Mercredi, le voyageur est toujours dans le logement.

Cette situation, redoutée par les gestionnaires de locations saisonnières, soulève une question juridique précise : le voyageur qui reste après sa réservation est-il un squatteur ? La réponse est non — et la confusion entre ces deux statuts peut coûter des semaines de procédure inutile.

Cet article détaille la définition juridique du squat en France, les recours disponibles en 2026 (procédure accélérée via le préfet, voie judiciaire), les protections de la loi anti-squat, et les mesures concrètes de prévention pour les conciergeries.


Squatteur ou locataire en impayé : une distinction juridique déterminante

Le droit français distingue clairement deux situations que le langage courant confond systématiquement. Un squatteur est une personne qui s'introduit dans un logement par effraction, tromperie, menace ou violence, et l'occupe sans droit ni titre. Un locataire en impayé, même s'il ne paie plus son loyer depuis des mois, dispose d'un bail et bénéficie d'un statut juridique entièrement différent.

Cette distinction n'est pas théorique : elle détermine la procédure applicable, les délais d'expulsion, et les protections dont bénéficie l'occupant. Le squatteur relève du Code pénal (article 226-4) et encourt 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende — des peines triplées depuis la loi de juillet 2023. Le locataire en impayé relève du droit civil, avec des protections plus étendues et des procédures plus longues.

⚠️ Squatteur vs locataire en impayé : les différences clés

Critère

Squatteur

Locataire en impayé

Mode d'entrée

Effraction, tromperie, menace

Bail signé légalement

Texte applicable

Code pénal, art. 226-4

Code civil, droit locatif

Sanction pénale

3 ans prison + 45 000 €

Aucune

Trêve hivernale

Ne s'applique pas

S'applique (1er nov. – 31 mars)

Délai d'expulsion

48h à 72h (voie préfectorale)

Plusieurs mois minimum

Sources : Service-Public.fr, Légifrance — art. 226-4 Code pénal

Pour les conciergeries, la confusion entre ces deux statuts a des conséquences directes. Engager une procédure de squat contre un voyageur qui s'est maintenu dans les lieux après sa réservation est juridiquement incorrect : il n'est pas entré par effraction. L'ensemble des obligations réglementaires applicables aux meublés de tourisme est détaillé dans le guide complet de la réglementation Airbnb 2026.


Procédure accélérée d'expulsion : du constat à l'évacuation en 72 heures

La loi du 27 juillet 2023 (dite loi Kasbarian) a instauré une procédure accélérée d'évacuation des squatteurs passant directement par le préfet du département. Avant cette loi, les propriétaires devaient systématiquement passer par un juge — une procédure qui prenait régulièrement plusieurs mois. Le décret d'application du 3 novembre 2025 a précisé les modalités d'indemnisation en cas de refus du concours de la force publique par l'État.

La procédure accélérée se déroule en quatre étapes successives.

✅ Les 4 étapes de la procédure accélérée via le préfet

Étape

Action requise

Délai

1. Constat

Faire constater l'occupation illicite par un officier de police judiciaire, le maire, ou un commissaire de justice

Immédiat

2. Plainte

Déposer plainte pour violation de domicile au commissariat ou à la gendarmerie

Immédiat

3. Saisine du préfet

Adresser une demande d'évacuation au préfet avec preuves de propriété (titre, factures, documents fiscaux)

Réponse sous 48h

4. Mise en demeure

Le préfet notifie une mise en demeure aux squatteurs, affichée en mairie et sur l'immeuble

24h min. (domicile) ou 7 jours (autre local)

Source : Service-Public.fr — Que faire quand des squatteurs occupent un logement (2025)

Si les squatteurs ne quittent pas le logement dans le délai fixé par la mise en demeure, le préfet doit faire évacuer les lieux sans délai par la force publique. Le propriétaire n'a pas besoin de décision judiciaire préalable — c'est l'avantage majeur de cette voie par rapport à l'ancienne procédure.

En cas de refus motivé du préfet, la voie judiciaire reste disponible. Elle implique un avocat, une saisine en référé du juge des contentieux de la protection, la signification du jugement par un commissaire de justice, puis un commandement de quitter les lieux. Plus longue, elle reste utile lorsque le propriétaire ne peut pas immédiatement prouver son droit de propriété — notamment si ses documents sont restés dans le logement squatté. Dans ce cas, le préfet dispose de 72 heures pour demander à l'administration fiscale d'identifier le propriétaire.

Depuis le décret de novembre 2025, si le préfet refuse le concours de la force publique ou ne répond pas sous deux mois, la responsabilité de l'État peut être engagée et le propriétaire peut obtenir une indemnisation pour le préjudice subi.


Trêve hivernale et loi anti-squat : ce qui protège les propriétaires

La trêve hivernale 2025-2026 court du 1er novembre 2025 au 31 mars 2026. Pendant cette période, les expulsions de locataires sont suspendues, même si un jugement définitif a été rendu.

Pour les squatteurs, la règle est l'inverse : la trêve hivernale ne s'applique pas. Depuis la loi de 2023, un squatteur peut être expulsé à tout moment de l'année, y compris en plein hiver. Cette exception couvre les résidences principales, les résidences secondaires meublées, et tous les locaux d'habitation contenant des meubles — ce qui inclut la totalité des logements gérés par les conciergeries.

La loi Kasbarian a également créé de nouvelles infractions. La propagande ou publicité facilitant le squat est punie de 3 750 € d'amende. Les instigateurs de squat — ceux qui font croire aux occupants qu'ils sont propriétaires — encourent 3 ans de prison et 45 000 € d'amende. Le juge ne peut plus accorder de délai supplémentaire aux squatteurs dont l'expulsion a été judiciairement ordonnée.

Pour les conciergeries gérant des meublés de tourisme, ces dispositions renforcent la protection juridique de manière directe. La loi Le Meur 2026 impose l'enregistrement et la déclaration obligatoire des meublés de tourisme, ce qui facilite la preuve du droit de propriété ou de gestion en cas de squat avéré.

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Voyageur Airbnb qui reste après le séjour : quel statut juridique ?

Un voyageur qui refuse de quitter le logement après la fin de sa réservation Airbnb n'est pas un squatteur au sens pénal. Il est entré dans les lieux légalement, via un contrat de location touristique. Son maintien après la date de départ constitue un maintien sans droit ni titre, mais pas une violation de domicile par effraction ou tromperie.

La procédure accélérée via le préfet ne s'applique donc pas à cette situation. Le gestionnaire ou le propriétaire doit passer par la voie judiciaire classique : saisine en référé du juge, assignation du voyageur, jugement d'expulsion, puis exécution par commissaire de justice. Selon l'analyse d'AirDNA sur les squatteurs Airbnb, la prévention en amont (filtrage, contrat, contrôle d'accès) reste la stratégie la plus efficace pour les hôtes.

En pratique, les étapes à suivre sont les suivantes. Contacter immédiatement la plateforme pour signaler la situation et documenter le litige. Faire constater le maintien dans les lieux par un commissaire de justice. Mandater un avocat pour engager une procédure de référé-expulsion. Conserver toutes les preuves de communication : messages sur la plateforme, confirmation de réservation, dates de séjour.

Le délai total peut aller de quelques semaines à plusieurs mois selon la charge du tribunal. Pour les conciergeries qui gèrent des dizaines de logements, chaque jour d'occupation bloque le planning de réservation — d'où l'importance des mesures préventives.

Contrat de location signé et clés dans un logement saisonnier

Prévenir le squat en location saisonnière : les mesures concrètes

En conciergerie, le risque principal n'est pas le squat classique par effraction dans un logement vide, mais le maintien d'un voyageur après la fin de sa réservation. Les mesures de prévention ciblent les deux scénarios, avec un focus sur le contrôle d'accès et la documentation contractuelle.

Contrôle d'accès à code expirant

L'utilisation d'une serrure connectée ou d'une boîte à clés avec code rotatif permet de modifier automatiquement l'accès entre chaque réservation. Un code qui expire à la date et l'heure exactes du check-out supprime mécaniquement le risque qu'un voyageur conserve un accès physique au logement après son séjour.

Vérification d'identité systématique

La collecte d'une pièce d'identité au moment de la réservation — photo du document, coordonnées vérifiées — renforce le dossier juridique en cas de procédure judiciaire. Elle a également un effet dissuasif : un voyageur formellement identifié est moins susceptible de tenter un maintien dans les lieux.

Contrat de location touristique écrit

Même en location saisonnière de courte durée, un contrat écrit précisant les dates d'arrivée et de départ, le montant total du séjour, les conditions d'annulation et les pénalités de retard constitue une preuve juridique indispensable devant un tribunal. Sans contrat, la preuve du dépassement de séjour repose uniquement sur la confirmation de réservation de la plateforme.

Caution et dépôt de garantie

Une caution suffisante — idéalement entre 500 € et 1 500 € selon le standing du logement — couvre les frais de procédure en cas de maintien dans les lieux. Elle a un effet dissuasif direct sur les voyageurs à risque.

Passage physique entre les séjours

Un passage physique systématique entre deux réservations — lors du ménage ou d'une inspection rapide — permet de détecter une occupation non autorisée avant qu'elle ne s'installe durablement. Plus le constat est rapide, plus la procédure sera efficace et les dégâts limités.

🎯 Check-list prévention anti-squat pour conciergeries

Mesure

Scénario couvert

Efficacité

Serrure connectée / code expirant

Maintien après check-out

Élevée

Vérification d'identité

Les deux scénarios

Moyenne (preuve + dissuasion)

Contrat écrit avec dates précises

Maintien après check-out

Élevée (preuve juridique)

Caution 500–1 500 €

Les deux scénarios

Dissuasive

Passage physique entre séjours

Squat classique (effraction)

Élevée (détection rapide)


Assurance et couverture : ce qui est réellement pris en charge

L'assurance propriétaire non occupant (PNO) — obligatoire en copropriété — couvre les dommages matériels causés au logement (dégradations, incendie, dégât des eaux), mais pas les pertes de loyers liées à une occupation illicite. Pour cette couverture spécifique, une garantie complémentaire est nécessaire.

Le programme AirCover proposé par la plateforme Airbnb couvre les dommages matériels causés par les voyageurs jusqu'à un certain plafond. En revanche, AirCover ne prend pas en charge les frais de procédure d'expulsion, les honoraires d'avocat, ni les pertes de revenus locatifs liées à un maintien prolongé dans les lieux.

Pour une conciergerie gérant plusieurs logements, la couverture la plus adaptée combine trois garanties : une assurance PNO pour les dégradations matérielles, une protection juridique couvrant les frais d'avocat et de commissaire de justice, et une garantie de loyers impayés incluant l'occupation sans titre. Le coût total se situe généralement entre 1 % et 3 % du revenu locatif annuel selon le nombre de logements et les plafonds de garantie choisis.

💰 Couverture assurantielle contre le squat

Garantie

Ce qu'elle couvre

Ce qu'elle ne couvre pas

Assurance PNO

Dégradations matérielles, incendie, dégât des eaux

Pertes de loyers, frais juridiques

AirCover (plateforme)

Dommages voyageurs (plafonnés)

Frais d'expulsion, pertes locatives

Protection juridique

Honoraires avocat, commissaire de justice

Dégradations matérielles

Garantie loyers impayés

Pertes de revenus, occupation sans titre

Squat avec dégradations lourdes


En résumé

Le squat au sens pénal et le maintien d'un voyageur après son séjour sont deux situations juridiquement distinctes. La première bénéficie depuis 2023 d'une procédure accélérée via le préfet — évacuation sous 72 heures, pas de trêve hivernale, peines triplées. La seconde nécessite une action judiciaire classique, plus longue et incertaine.

Pour les conciergeries, la prévention reste le levier le plus efficace : serrure connectée à code expirant, contrat écrit avec dates, vérification d'identité, passage physique entre les séjours. Ces mesures réduisent le risque à la source et constituent un dossier juridique solide en cas de recours.


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Questions fréquentes

Un voyageur Airbnb peut-il devenir squatteur ?

Non. Un voyageur entré légalement via une réservation ne peut pas être qualifié de squatteur, même s'il refuse de partir après le check-out. Le squatteur entre par effraction, tromperie ou menace. Le voyageur qui reste relève du maintien sans droit ni titre — une procédure judiciaire distincte, sans recours à la voie préfectorale accélérée.

Combien de temps pour expulser un squatteur ?

48 à 72 heures avec la procédure accélérée via le préfet. Le propriétaire dépose plainte, fournit les preuves de propriété, et le préfet dispose de 48h pour répondre. La mise en demeure accorde minimum 24h aux squatteurs pour quitter le domicile. En cas de refus, la force publique intervient sans délai.

La trêve hivernale protège-t-elle les squatteurs ?

Non, depuis la loi anti-squat de juillet 2023. Les squatteurs peuvent être expulsés toute l'année, y compris entre le 1er novembre et le 31 mars. Seuls les locataires en impayé de loyer bénéficient de la trêve hivernale. Cette distinction est fondamentale pour choisir la bonne procédure.

Quelle assurance couvre le squat Airbnb ?

L'assurance propriétaire non occupant (PNO) couvre les dégâts matériels mais pas les pertes de loyers. AirCover prend en charge les dommages des voyageurs, pas les frais d'expulsion. Pour une couverture complète, souscrivez une garantie loyers impayés avec protection juridique — entre 1 % et 3 % du revenu locatif annuel.

Comment sécuriser ses logements contre le squat ?

Cinq mesures prioritaires : serrure connectée avec code expirant au check-out, vérification d'identité du voyageur, contrat de location écrit avec dates précises, dépôt de garantie dissuasif, et passage physique entre chaque réservation. Les codes d'accès rotatifs sont la mesure la plus efficace pour empêcher un maintien dans les lieux.

Sources